Dimanche 21 août 2011 7 21 /08 /Août /2011 13:12

Cet été, pendant que les enfants étaient en Roumanie, ce fut le grand retour du vélo.

 

Bien sûr, avec le Grand Ali Ben Paco - a.k.a Benedictus Maximus dit Le Magnifique.

 

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L'année dernière, nous avions fait le tour du Nord-Cotentin. Cette année, nous avons vu plus grand.


Les projets initiaux Paris-Cherbourg  puis Tour de Normandie ont été abandonnés et ont fini par fusionner pour devenir La Normandie en diagonale, un concept que je vais bientôt breveter.

 

Nous sommes partis d'Ivry-la-Bataille, frontière historique de la Normandie avec la France, pour un trajet de quatre cents vingt kilomètres jusqu'à Cherbourg, à travers champs, bois, villages, châteaux et abbayes.

 

 

 

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Ivry-la-Bataille, notre point de départ à trente kilomètres de Mantes-la-Jolie, fut fondée par Raoul de Normandie, frère du duc Richard Ier Sans-Peur, petit-fils de Rollon, vers 940. On peut y voir les restes de sa forteresse, et ceux de l'abbaye fondée par Roger d'Ivry, compagnon de Guillaume le Conquérant en 1070.

 

Bien que ville-frontière entre le Duché de Normandie et le Royaume de France, Ivry-la-Bataille ne tire pas son nom des violentes batailles de conquête du Duché par la France, ni de la guerre de Cent Ans, mais d'un affrontement stratégique entre Henri IV et la Ligue, en 1590, qui s'y est déroulé. C'est là que le Roi au nez camus a prononcé sa phrase célèbre "ralliez-vous à mon panache blanc"(1).

 

De là, il faut peu de temps pour arriver au Vieil-Evreux, un village sympathique dont l'Eglise, au bord de son étang, rappelle certains châteaux renaissance.

 

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C'est un site perclus de ruines romaines, Evreux étant dans l'antiquité romaine une métropole assez importante du nom de Mediolanum. C'est précisément au Vieil-Evreux que se situe le site de Gisacum, le Forum où les notables de Mediolanum venaient prier leurs dieux, et les anciens thermes romains de la ville.

 

Evreux - dont l'histoire est trop longue a rappeler ici - arrive immédiatement après.

 

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La cathédrale Notre-Dame, qui flanque l'Eure, nous rappelle qu'Evreux est siège d'un evêché depuis le Vème siècle, grâce à l'apostolat de Saint Taurin qui évangélisa ces contrées.

 

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L'Eure, à Evreux, est vraiment un ruisselet. A peine le merderet de Valognes.

 

Evreux comme Eure tirent leur nom des Eburoviques, le nom de la tribu gauloise qui y vivait avant que J-C ne mette un t(h)erme à tout cela.

 

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En partant, nous sommes passés devant l'abbatiale Saint-Taurin, érigée en l'honneur du premier évêque de la ville.

 

Laissant au sud la vallée de l'Iton et La Bonneville qui s'y trouve, ainsi que le pays d'Ouche et la bonne ville de Conches, au nord  et à l'ouest d'Evreux s'étend le Plateau du Neubourg, et ses blés à perte de vue.

 

 La campagne du Neubourg est à la Normandie ce que la Beauce est à la France : plane et fertile, ses champs sont vastes et essentiellement couverts de blés.

 

Ferrières-Haut-Clocher est le village typique de la région. Ceux-ci sont dotés d'un étang, leurs églises sont en pierre blanche et couvertes d'ardoise bleue, les maisons sont basses à colombages discrets. Le terrain est parfaitement plat, la campagne est riche, les maisons de maître fréquentes.

 

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Le Neubourg, c'est la "ville neuve" - pourtant fondée au Moyen-Age - dans laquelle se régla la succession d'Henri Beauclerc, mort sans enfants mâles en 1135, le pauvre Guillaume Adelin ayant péri lors du naufrage de la Blanche-Nef. Finalement, on le sait, c'est sa fille Mathilde qui aura le trône, et le transmettra à son fils Henri Plantagenêt(2).

 

 

 

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A trente kilomètres à l'Ouest du Neubourg se trouve une bien jolie ville qui gagne à être connue : Beaumont-le-Roger.

 

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Elle fut nommée ainsi en l'honneur de Roger de Beaumont dit "Le Barbu", petit-fils de Turold le Viking, seigneur de Brionne, vicomte de Rouen, tuteur de Guillaume le Conquérant et administrateur de la Normandie en l'absence du Bâtard, jusqu'à son retour victorieux de conquête. Roger de Beaumont est le fondateur des dynasties des comtes de Leicester et des comtes de Warwick.

 

La ville est encore riche de beaux et anciens monuments, telle l'Eglise Saint-Nicolas (XIIème siècle). Petite curiosité : son clocher héberge un mannequin en bois qui sonne les heures à coup de marteau, le soldat Régulus.

 

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A Beaumont-le-Roger coule la Bave, jolie rivière malgré son nom.

 

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Il s'y trouve également une merveilleuse auberge du XVIIème siècle dont je ne peux que faire la publicité.

 

A l'entrée de la ville, l'Auberge du Lion d'Or (et sa patronne) vous accueillent pour un séjour inoubliable.

 

Avec sa charmante cour intérieure, sa nourriture gastronomique et ses chambres confortables, l'Auberge du Lion d'Or sait vous satisfaire depuis 1686 : trois-cent vingt-cinq ans du meilleur de l'hôtellerie normande au service des voyageurs, à cheval comme à vélo.

 

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La petite cour intérieure est magique : servis sur des nappes blanches, on y mange des viandes savoureuses et des frais poissons, et l'assiette de fromages est tout bonnement miraculeuse.

 

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Voici un voyageur satisfait :

 

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Beaumont-le-Roger n'a que peu d'habitants aujourd'hui mais, d'assez grande superficie, elle s'étale nonchalamment des deux côtés de la Risle et à flanc de côteau, de l'antique gare de chemin de fer au vieux prieuré en ruines. Signe d'une grandeur passée ?

 

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Le prieuré de Beaumont fut fondé par le même Roger de Beaumont peu avant sa mort, et occupé par des chanoines anglais tôt remplacés par les moines du Bec-Hellouin. Le site est immense : cette abbaye devait être le poumon économique de la région.

 

Tout comme Jumièges, et tant d'autres, elle fut honteusement volée par un révolutionnaire aux dents longues, pillée et démantelée pierre à pierre, réduite depuis la Révolution à faire office de carrière.

 

prieuré Beaumont

 

"Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n'y seront plus..."

 

Beaumont-le-Roger, c'est aussi le plus grand domaine forestier de Normandie. Une belle forêt de chênes dans laquelle, à coup sûr, Robert d'Artois (Comte de Beaumont au XIVème) aimait taquiner le chevreuil, quand il n'intriguait pas pour piquer le trône de France à son cousin Philippe le Bel.

 

 

 

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De l'autre côté de la Forêt de Beaumont se trouve Serquigny, et Bernay, l'industrielle, l'autre "grande ville" du sud de l'Eure.

 

Sise sur la Charentonne, c'est une vieille ville bourgeoise enrichie par les manufactures, une ville de notables à la grandeur passée, qui semble tout juste de sortir de sa torpeur depuis que le chantier de l'A28 l'a désenclavée.

 

Un peu plus à l'Ouest encore, à l'orée d'un paysage de collines et de vallées, la majestueuse Orbec ouvre les portes du Pays d'Auge et de ce qu'on appelle aujourd'hui le Calvados. C'est aussi la première ville du Triange d'Or(3).

 

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Orbec, village en pente à l'est de l'Orbiquet, et presque entièrement faite de maisons à colombages dans la pure tradition augeronne (pourtant Orbec n'a été rajoutée au pays d'Auge que tardivement - quelle injustice quand on voit le patrimoine !).

 

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L'Eglise Notre-Dame, monumentale.

 


 

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Mercredi, jour de marché à Orbec.

 

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Le plus célèbre habitant d'Orbec est sans aucun doute son seigneur Richard fitzGilbert de Bienfaite, compagnon de Guillaume le Conquérant, qui fonda la dynastie des comtes de Clare et de Pembroke. Son arrière-petit-fils, Richard FitzGilbert, est plus connu sous le nom de Strongbow. Il conquit l'Irlande au XIIème siècle, et nous est revenu sous forme de cidre dans les pubs irlandais.

 

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Ah ! le cidre.


Le Triangle d'Or n'est pas que la région des fromages ! C'est aussi là que l'on fait le meilleur cidre(4).

 

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Les pommiers s'étendent à perte de vue le long des pentes des vallées de la Risle, de la Charentonne, de l'Orbiquet, de la Touques, et de la Vie.


 

 

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Dans le Triangle d'Or, au coeur du Pays d'Auge, notre prochaine étape est Livarot et sa rue principale.

 

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Comment remercier ces gens qui ont inventé cet éblouissant fromage aux cinq bandelettes ? Comment leur exprimer ma gratitude devant une oeuvre si merveilleuse ?

 

Ah Livarot, mon colonel, roi des fromages,

De Normandie tu es le plus bel héritage !

 

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Bien qu'on se rapproche de Caen, Livarot est une ville restée très authentique, les maisons sont anciennes et leurs colombages bien entretenus.

 

N'y a pas eu de bombes dans le from'ton, a priori.

 

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La campagne immédiate de Livarot est un Eden de vergers dont le fruit - défendu - est veillé jour et nuit par des longères au torchis fatigué.

 

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Gare à qui viendrait voler des pommes ! Celui-ci, tout comme le percepteur des impôts, est accueilli à coup de fusil par les bouilleurs de cru.

 

 

 

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Un peu plus loin vers l'Ouest, sur la route de Caen, se trouve Saint-Pierre-sur-Dives et son abbaye bénédictine, théâtre d'affrontements épiques dans lesquels les polonais du Général Maczek vont se faire copieusement massacrer par les SS, surpassant par leur courage l'imbécillité du Haut-Commandement britannique(5).

 

A vingt kilomètres au sud-ouest de Saint-Pierre, la belle ville de Falaise dévoile ses splendeurs autour d'un escarpement rocheux, la Faleise dont la ville tire son nom et la langue française l'un de ses mots.

 

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Falaise, c'est avant tout la ville de naissance de Guillaume le Bâtard, né de Robert le Danois dit Le Magnifique et de sa frilla Herleva de Falaise, more danico, comme on dit.

 

Herleva de Falaise était mariée à Herluin de Conteville. Elle donnera à Guillaume deux demi-frères qui lui seront fidèles : Robert, comte de Mortain, après la Conquête comte de Cornouailles, et Odon, évêque de Bayeux, fait Comte du Kent.

 

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La place de l'hôtel de ville et la statue monumentale en bronze du Conquérant.

 

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Le château de la Fresnaye.

 

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Guillaume (dont on ne fera pas la présentation) ne devait certainement pas ressembler à cela sur le champ de bataille d'Hastings.

 

Blessé à plusieurs reprises, son cheval trois fois tué sous lui, il devait patauger dans la boue en hurlant frénétiquement à ses troupes de liquider Harold !

 

Sentant la bataille tourner à son désavantage, il n'y avait plus que cela pour réellement devenir l'héritier légitime d'Edouard le Confesseur... (6).

 

Et puis, l'étendard du pape, cela sent vraiment la résolution 1441 de l'ONU.

 

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N'importe, Falaise est une belle ville et rend honneur à son héros. Même si l'histoire aurait été bien différente racontée par l'épouse d'Harold.

 

Ici, l'Eglise de la Trinité (XIIIème siècle).

  

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Les remparts depuis la place de l'hôtel de ville.

 

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Le château et le donjon de Falaise furent construits par Henri Beauclerc au XIIème siècle, à l'emplacement du précédent château, sans doute déjà en pierre, datant du Xème siècle. Falaise était domaine ducal depuis l'époque de Rollon.  

 

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Les remparts, le donjon et les anciennes douves.

 

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Le donjon vu du sud-Ouest. 

 

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L'Eglise Saint-Gervais et Saint-Protais, dont la construction a démarré en 1066, l'année de la Conquête. C'était l'usage de remercier Dieu pour ses victoires.

 

Falaise, c'est aussi la fameuse bataille de la poche de Falaise, ou l'incompétence notoire de Monty a causé la fuite des meilleurs divisions SS, que les alliés retrouveront face à eux dans les Ardennes. Heureusement, Patton a réussi à leur botter les fesses.

 

 

 

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Quittons Falaise pour aller toujours un peu plus loin à l'Ouest : nous entrons dans un paysage de campagnes de plus en plus valonnées, aux confins des Pays d'Auge et d'Ouche.

 

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Les collines sont verdoyantes et principalement dédiées à la pâture des bovins.

 

Ne revenons pas en détail sur la vache normande - j'ai déjà fait un article sur ce sujet. Rappelons seulement que le taux de graisse de son lait est tellement élevé qu'elle fait fuir les consommateurs de Slim Fast et, bien entendu, elle est la seule apte à produire un fromage aussi délicieusement coulant de matière grasse que le camembert(7).

 

Nous sommes maintenant très près de Vimoutiers.

 

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Au détour d'une petite colline du Cinglais - le charmant pays ci-dessus - une église d'extérieur avenant nous a surpris par son baldaquin baroque dans le coeur.

 

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Au bout du plateau du Cinglais (260 mètres d'altitude), nous débouchons sur une pente à pic vers Clécy.

 

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Clécy, ses vergers, les bords de l'Orne, et les escarpements du Pain de Sucre (250m) que l'on voit en arrière-plan.

 

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L'Orne à Clécy accueille les amoureux de Canoë-Kayak, et les rochers du Mont-Pinçon et de la Roche d'Oëtre les férus d'escalade.

 

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On appelle cette zone du sud de la Normandie la Suisse Normande. C'est assez comique pour des collines dont le point culminant est à 362 mètres. Mais à vélo, on souffre quand même.

 

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Les paysages de la campagne de Clécy et des bords de l'Orne ont été jugés suffisamment pittoresques pour intéresser quelques impressionnistes, tels que Pissarro ou plus tard Hardy.

 

 

 

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De Clécy, quelques vigoureux coups de pédale sont nécessaires pour se transporter jusqu'à Aunay-sur-Odon, à une vingtaine de kilomètres.

 

D'Aunay-sur-Odon, pas de photos. Rien à voir. Tout a été rasé par les bombardements britanniques du 12 juin 1944. Et 50% des habitants de la ville sont partis avec, comme le commémore la plaque en fonte à l'angle des deux rues principales. Monty n'y allait pas avec le dos de la cuiller.


 

Depuis Aunay, il faut suivre l'Odon puis traverser un paysage fortement vallonné par Dampierre, entre Saint-Martin-des-Besaces et Caumont-l'Eventé, pour atteindre Torigni-sur-Vire.

 

Bien que détruite également par les bombardements de 44, cette bourgade possède toujours son château du XVIème, vieille possession des Marquis de Matignon, comtes de Torigni.

 

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C'est très anecdotique, mais l'actuel comte de Torigni (et baron de Saint-Lô) n'est autre que SAS le prince Albert II de Monaco(8).

 

Attention, c'est trompeur, Torigni n'est pas sur la Vire, qui coule à plus de cinq kilomètres du bourg. Dieu seul sait pourquoi les habitants ont ajouté "sur-Vire" au nom de leur commune (auparavant orthographiée Thorigny) au XIXème siècle.

 

Non loin au nord-ouest de Torigni, on arrive justement sur la Vire, à Saint-Lô, siège de la préfecture du département qui a pris le nom d'une mer. Ah ces révolutionnaires ! Quelle imagination ! Quelle inventivité !

 

D'ailleurs la première chose que l'on voit en arrivant à Saint-Lô, c'est cette église au clocher de béton armé précontraint, l'église Sainte-Croix.

 

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Un style architectural tout aussi révolutionnaire que celui de l'office du tourisme, dont la tour n'est pas sans rappeler celle d'une caserne de pompiers.

 

A son faîte, on voit l'emblème de Saint-Lô : un étalon cabré, pour rappeler la présence du Haras national, fondé par Napoléon qui aimait les chevaux, surtout en omelette.

 

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Saint-Lô n'est pas n'importe qui, c'est un des premiers évêques de Coutances, évangélisateur des gallo-romains de la région au VIème siècle. A l'époque, la cité s'appelait Briovère.

 

Saint-Lô fut détruite à 97% en 44, cette fois-ci par les américains, elle eut même l'honneur d'être appelée "Capitale des Ruines". Il reste aujourd'hui quelques morceaux des remparts de la ville, et l'église Notre-Dame, reconstruite après la guerre.

 

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Comme toutes les villes martyres du débarquement, elle a été bien mal reconstruite...

 

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Saint-Lô est ville huguenote ; elle eut bien à souffrir du roi très catholique. Après la révocation de l'Edit de Nantes, bien des familles de Saint-Lô sont parties en Angleterre, ou, moins loin, à Jersey ou Guernesey où ils ont fondé de prospères familles.

 

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Saint-Lô est située entre l'Elle et la Vire - d'où la marque de beurre - mais seule la Vire coule sur la commune. L'Elle, quant à elle, passe à quelques kilomètres. A Saint-Clair-sur-Elle pour être précis, patrie de Guillaume le Convenable, compagnon de Guillaume le Conquérant, serviteur et ami de Malcolm Canmore, roi d'Ecosse, et premier baron de Roslin, fondateur de la famille Sinclair(9).

 

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Les Vaux de Vire, ancêtres des vaudevilles, ne sont pas de Saint-Lô, mais de Vire. Leur auteur, un certain Olivier Basselin, aurait pu tomber dans l'oubli sans cette petite ode à sa gloire, d'un poète inconnu :

 

"Helas ! Ollivier Basselin

N'orrons nous poinct de vos nouvelles ?

Vous ont les Anglois mis à fin ?

Vous souliez gaiement chanter

Et démener joyeuse vie

Et les bons compagnons hanter

Par le Pays de Normandye

Jusqu'à Sainct-Lô en Cotentin

En une compagnie moult belle

Oncques ne vit tel pellerin".

 

 

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Mais c'est l'heure de quitter la Vire pour partir vingt-cinq kilomètres à l'Ouest, en direction de la mer.

 

 

 

 

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Coutances, évêché, capitale historique du Cotentin (auparavant appelé Coutançais ou Coutantin), est une bien jolie ville, très animée en ce vendredi matin.

 

Elle fut fondée au XIème siècle sur les ruines de l'ancienne cité gallo-romaine, détruite par les vikings, par le sieur Geoffroy de Montbray, compagnon de Guillaume le Conquérant.

 

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C'est lui qui fit construire la cathédrale. Elle fut plusieurs fois reconstruite, et la dernière fois après les bombardements de 44 qui l'ont plus qu'égratignée.

 

Avant sa destruction par les Danois, Coutances était la principale ville du Cotentin. C'était la capitale de la tribu des Unelles, dont le chef, Viridorix, s'est vaillamment défendu contre les troupes de Jules César avant de prendre sa pâtée et finir comme son pote Vercingétorix (voir plus bas).

 

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L'hôtel de ville. 

 

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Depuis Coutances, tout le Cotentin s'offre, au Nord, au voyageur. Une route possible est celle qui traverse la Lande de Lessay.

 

Une vilaine lande de sapins désséchés, coincée entre la mer, et les marais de Carentan à l'Est. Brrr.

 

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Mais le village de Lessay vaut le détour, en raison de sa monumentale abbaye romane.

 

Construite en 1056 par Thurstin Haldup, baron de la Haye-du-Puits, il s'agit d'une abbaye bénédictine de style roman parfaitement conservée jusqu'à nos jours.

 

Mille ans d'histoire. C'est rare !

 

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Des concerts de musique sacrée y ont lieu tous les étés.

 

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Lessay est située au bord du Havre de Lessay, un havre naturel partiellement asséché dans lequel paissent nonchalamment des ovins laissés sans surveillance.

 

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On se prendrait bien une côtelette d'agneau de pré salé(10).

 

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Au nord de Lessay se trouve le Mont Castre, le site de la dernère bataille de Viridorix à la tête des Unelles contre Sabinus et les légions de César. Dans un scénario qui rappelle étrangement celui d'Alésia, les gaulois se sont fait dégommer. Tant mieux : une ère de civilisation pouvait commencer.

 

Juste à côté du Mont Castre, nous sommes à la Haye-du-Puits, baronnie normande de Thurstin Haldup.

 

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C'est lui qui fit construire le château sur motte féodale en 1056. Bien qu'il n'en reste que le donjon, c'est le plus ancien château fort de Basse-Normandie.

 

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Le nouveau château.

 

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Encore un peu plus au nord, à dix kilomètres environ de la Haye-du-Puits, nous trouvons le village de Saint-Sauveur-le-Vicomte.

 

C'est le siège d'une importante abbaye de bénédictines, toujours en activité aujourd'hui (grâce à Marie Madeleine Postel).

 

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Saint-Sauveur-le-Vicomte est aussi la patrie du grand Jules Barbey d'Aurevilly, qui y est né et y a vécu toute sa jeunesse.

 

Au moyen-âge, Saint-Sauveur était une vicomté. Chez les Normands, le vicomte était l'équivalent du bailli dans le royaume de France, c'est-à-dire un représentant administratif du Duc. Un titre qui était parfois héréditaire, (comme à Saint-Sauver), mais pas toujours.

 

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Néel de Néhou, premier vicomte connu de Saint-Sauveur, était fils de viking païen originaire de Norvège, peut-être apparenté à Rollon.

 

Son fils Néel II de Saint-Sauveur tenta de tuer Guillaume le Conquérant dans ses vertes années, à la bataille du Val ès Dunes en 1047, car il vénérait encore Thor et Odin et n'appréciait pas trop les coutumes trop catholiques de ce dernier(11).

 

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Saint-Sauveur-le-Vicomte était, pendant la guerre de cent ans, possession du fameux Geoffroy d'Harcourt.  

 

C'est de cette époque que date le château fort, qui fut l'objet de luttes acharnées entre le Roi de France et "l'Anglois" que Geoffroy servit de son mieux de sa trahison jusqu'à la bataille de Crécy.

 

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Saint-Sauveur-le-Vicomte n'est distant que de quinze kilomètres de la mer, que l'on peut rejoindre à Port-Bail, Barneville ou Carteret.

 

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La plage de Barneville est toujours aussi belle, et toujours aussi déserte, même au mois d'août !

 

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La route de Barneville à Bricquebec passe par Sortosville-en-Beaumont, le siège des établissements Burnouf et leurs excellents gâteaux.

 

Excellente, leur nouvelle devanture l'est moins !

 

M. et Mme Burnouf, si vous lisez ces lignes, sachez que votre magasin ressemble à Disneyland en moins bien. Gâteauland sur le bord de la départementale - c'est ridicule.

Vous avez bien de la chance que vos gâteaux soient les meilleurs du Cotentin !

 


 

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Un peu au nord de Sortosville-en-Beaumont, sur la route de Cherbourg, Bricquebec, son château et son église nous accueillent.

 

On a déjà parlé de Bricquebec dans ces pages, donc pas de commentaire particulier.

 

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Le château a un magnifique donjon de forme polygonale à onze côtés, ce n'est pas banal(12).

 

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Le Donjon et ses amis sont bien conservés.

 

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Bricquebec a produit au moins quatre hommes illustres dont la destinée a fait la grandeur de la France :

- Anslech le Danois, fondateur de la ville et de la baronnie, compagnon de Rollon (Xème siècle)

- Robert Bertrand VIII de Bricquebec, Maréchal de France de Charles IV le bel (XIVème siècle)

- le Général Jean Le Marois, aide de camp de Napoléon Bonaparte (XIXème siècle)

- Roger Lemerre, sélectionneur de l'équipe de France (XXIème siècle)

 

 

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Et enfin, à vingt kilomètres de Bricquebec par Martinvast et la Vallée de Quicampoix, les contreforts de la Montagne du Roule...

 

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... puis le bassin du commerce.

 

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Nous y sommes !

 

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Voilà ! Quatre jours et demi de voyage à travers villes et paysages.

 

Malgré nos zig-zags, notre diagonale normande nous a menés à bon port.

 

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Notes

(1) ou quelque chose comme ça, enfin c'est ce qu'on m'a dit à l'école. Je n'y étais pas et l'Agence France Presse non plus !

(2) on ne parlera pas de l'infâme Etienne de Blois et de son parjure, à peine du niveau d'un Harold. L'histoire se répète !

(3) bien entendu, on parle de Camembert - Livarot - Pont-L'Evêque, rien à voir avec celui d'Arsène Lupin.

(4) je peux argumenter.

(5) je peux aussi argumenter.

(6) parjurer sur les reliques n'était pas vraiment un problème qui ne puisse se régler par un don désintéressé, à la papauté par exemple.

(7) à ce jeu-là, il n'y a guère que la jersiaise qui batte la normande. On lui pardonne, vu ce que les anglais font de son lait. Quel gâchis.

(8) Alberto Grimaldi pour l'état civil.

(9) Anne Sinclair, l'épouse de DSK, serait sa descendante.

(10) les bretons veulent peut-être soutenir que le Havre de Lessay est en Bretagne ? Pour être juste, il l'a été exactement en même temps que le Mont Saint-Michel, c'est à dire de 867 à 933.

(11) aidé par Hamon le Dentu. Dieu quels surnoms !

(12) cela s'appelle un endécaèdre.

Par Picq - Publié dans : Reportage photo
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